L'acharnement
par Bulldog

Niveaux de glucides à zéro. Impossible de se concentrer. Ça galère ferme. L'énergie, c'est quoi ça ? Je lui ai souhaité bon voyage y a plus d'un mois. S'acharner à faire chaque séance d'entraînement comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Rien de tape-à-l'oeil… simplement des tripes et du sang. A ce stade, c'est juste une question d'en vouloir. Sensation d'étourdissement… de s'effronder par terre. Non. Impossible. Hors de question, mec. Finis en puissance. Persévère. Pourquoi ? Parce que j'en veux plus que tout le monde. Voilà pourquoi. Plus on transpire, moins on saigne. Alors que je me prépare à livrer bataille, le souvenir de toutes les âmes endurcies qui m'ont précédé et qui ont réussi me revient à l'esprit. Nerveux ? Putain, ça va sans dire. Mais c'est bien - ça aide la concentration.

L'entraînement de précompétition, quelle saloperie… Ce sentiment d'anxiété qui m'accable pendant toute la journée… Je sais ce que c'est… C'est le jour d'entraînement des jambes. Ce n'est pas l'entraînement lui-même ou l'attente de l'entraînement. Non. C'est de savoir qu'il faut exceller, surpasser ce qu'on a fait la fois précédente, triompher. Il faut que je me botte le cul pour me forcer à m'améliorer. Etre un phénomène, c'est pas suffisant. L'essentiel, c'est l'amélioration. Mes réserves d'énergie à plat, je pénètre avec un air froid de détermination absolue, l'aire réservée aux haltères.

Sourire ? C'est quoi cette merde ? Je m'en branle de sourire. C'est les jambes qui m'attendent. Rire ou raconter des blagues ? Putain ! Vous vous croyez à Disneyland ? Je m'en tapes des blagues. Je m'entraîne dans cette salle d'enfer pour tailler dans mes jambes le genre de sillons qui n'y étaient jamais apparus. Gagner. C'est tout. C'est la seule chose qui compte. Mon environnement ? Qu'il aille se faire foutre… faut que je sois égoïste ou je réussirais pas. L'entraînement de précompétition. Boucle la ceinture, salope. C'est le moment de briller.

Le premier des exercices sur la liste, c'est les soulevés de terre avec jambes rapprochées et rigides. Je suis de la même école de bodybuilding que les champions plus grands que nature comme Dorian. Lourd, lourd, toujours plus lourd et le tout en maitenant une bonne forme de mouvement. Empilant disque après disque, j'arrive finalement à 12 répétitions de 184 kg. C'est tout. Fini. C'est le moment de passer à autre chose, pote. Y a plus l'énergie nécessaire et toute minute perdue peut faire la différence entre finir en puissance et tomber dans les pommes.

Ensuite les flexions ischio-jambiers à plat ventre sur banc incliné, avec haltère. Pour massacrer les ischio-jambiers y a pas mieux : cet exercice les travaille en profondeur. Le simple fait de soutenir l'haltère entre les pieds, travaille les mollets et les ischio-jambiers. Allez, en avant les flexions… Ouaip, ça brûle mon pote. Je commence à 23 kg et j'augmente jusqu'à 45 kg. 3 séries, ça massacre… Des sensations de crampes dans les 2 ischio-jambiers et je me déplace comme si j'avais un bâton dans le cul. Je pense que c'est le moment de faire quelques squats à jambes ouvertes sur la machine Smith.

Les squats à jambes ouvertes... avec les doigts de pied orientés vers l'extérieur. Le but, c'est de faire plus travailler les ischio-jambiers et les quadriceps grâce à la machine Smith. Elle permet de se concentrer sur l'effort musculaire, sur la brûlure, plutôt que sur les problèmes d'équilibre ou sur la peur de perdre connaissance ou de ne pas atteindre l'objectif avant d'avoir à remettre la fonte sur son support en fin d'exercice.

Grâce à la machine Smith, on peut repousser ses limites un peu plus, sachant qu'avec un tour de poignet, la fonte retombera sur son support pendant qu'on tombe au sol. Disque après disque. 20 répétitions jusqu'à qu'il y ait 5 disques de chaque côté de la barre, et ensuite une dernière série de 12. 12 répétitions lentes et délibérées qui vous font brûler le cul. On prend 2 minutes pour se ressaisir. Ça commence à faire baver tout ça. La langue glisse le long de la bouche. Ça va encore. Y a suffisamment de motivation pour continuer.

On passe ensuite aux presses à cuisse verticales. Presque fini, mec. On y est presque. Finis en puissance. Achève la tâche. C'est ce qui compte... Finir en puissance et réussir un meilleur entraînement que le précédent. Gagner. Cette fois, pour chaque série, j'ajoute 2 disques à la fois de chaque côté. Je continue série après série, jusqu'à qu'il y en ait 10 de chaque côté. Dernière série. Les yeux roulant au fond du crâne, je me place sous la fonte et je pousse de tout mon corps pour finir les 11 dernières répétitions.

Je vois des étincelles et des étoiles partout. Eric, mon partenaire d'entraînement, me demande : « T'es de retour là ? » Je lui réponds : « Presque… Donne-moi une seconde ». Eric me dit de prendre mon temps pendant que je me ressaisis lentement… Une minute plus tard, tout va mieux et je suis prêt à l'assister à faire sa série. Pendant qu'il se prépare, je m'assoie pour reprendre mon souffle. Il finit sa série et, voyant son visage, je sais qu'il a complètement disjoncté. Le voir rouler des yeux d'un côté à l'autre me fait éclater de rire. Il me dit d'attendre une minute. C'est à ce stade que les endorphines prennent le dessus et que la joie d'avoir presque fini une séance d'entraînement infernale pour les jambes commence à me fournir la motivation nécessaire pour finir l'exercice suivant.

Et pour l'exercice suivant… salut les sissy squats. Ouais, mec, c'est le moment de faire des sissy squats. Il en existe beaucoup de variations. Nous nous servons de l'appareil au sol pour sissy squats qui immobilise la jambe, de la moitié du mollet jusqu'aux orteils. La première série de 20 répétitions se fait sans poids. La deuxième série de 20 répétitions se fait en tenant un disque de 20 kg. Putain, c'est comme si quelqu'un appliquait un chalumeau aux quadriceps.

On sort de l'appareil en boitillant et en tendant les bras en avant, pour prévenir une chute (qui est très probable vu les circonstances). La troisième série se fait en tenant un disque de 20 kg, en se penchant en arrière autant que possible pour mettre autant de tension que possible sur les quadriceps et en faisant autant de répétitions que possible (dans mon cas, entre 18 et 20).

Fini. A ce stade, impossible de parler. On reste assis pendant que les jambes tressautent sous l'effet des spasmes musculaires. Comparant la douleur qui travaille nos quadriceps et essayant de nous détendre (nos jambes refusent de se prêter au jeu), nous tombons d'accord pour dire que ça a été une bonne séance… Meilleure que la dernière fois.

 

 

 

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